|
Journée radieuse à Québec. Gros ciel bleu, pas un
nuage. J'ai traîné la caméra avec moi, mais finalement la
seule photo que j'ai prise c'était à l'intérieur.. Le
campus était noir de monde aujourd'hui.
J'ai été à mon cours d'intelligence artificielle. 99%
gars, au moins (donc encore plus prononcé qu'à l'UdeM), mais deux
profs, deux femmes. J'avais déjà eu deux profs qui se
séparent la session en deux, mais là elles sont toutes les deux
devant la classe, à tous les cours. Une des deux avait l'air nerveuse
comme un enfant qui fait un oral devant la classe, on aurait dit que la
testostérone ambiante lui montait à la gorge ou quelque chose, en
tous cas elle s'étranglait tout le temps, elle faisait un peu
pitié. Elles nous ont expliqué qu'elles reçoivent des
subventions pour développer des nouvelles techniques de
pédagogie, et elles ont passé deux heures à nous donner ce
qui serait plutôt un cours de psychologie de l'apprentissage, avec les
différents types d'élèves (divergent, convergent,
blabla). Et juste comme le cours allait commencer s'est assis à
côté de moi un grand Algérien au crâne rasé,
Zaky Debbabi, avec qui j'étudiais pendant les deux premières
sessions de mon bacc. On va faire les travaux ensemble. Je pense que ce cours
va être très intéressant.
Ensuite j'ai poireauté un peu devant le bureau de mon directeur de
programme, qui a l'air de toujours courir partout. J'ai attendu en vain, mais
j'ai pris une photo de l'atrium où est son bureau, donc je n'ai pas trop
perdu mon temps. J'ai aussi lu Le Soleil, que je n'ai pas trop aimé (les
journalistes ont un style peu professionel et le tout est trop sensationaliste
- exemple photo d'un bébé qui s'est fait attaquer par un chien au
BC, qu'est-ce qu'on en a à foutre vraiment).
J'ai été au pavillon Desjardins (devant le terminus de bus,
avec le mini centre d'achats) où il y avait plein de kiosques pour
l'accueil des nouveaux - et une foule très compacte. Peux pas avoir ma
carte d'étudiant tant que je suis pas inscrit, donc dois rejoindre au
plus vite ce directeur. Et peux pas avoir mon agenda sans ma carte...
Ensuite à 18h30 cours de russe III, avec justement mon directeur
comme prof. M. Sadetsky est plutôt maigre, cheveux sel et poivre et moustache
qu'il lisse machinalement. Il est plein de tics et grimace tout le temps. Il
fait l'acteur tout le temps, est très expressif, parle fort (ex. nous
fait crier pour réciter les conjugaisons). Il fait beaucoup rire la
classe. Il a aussi un regard très inquisiteur, quand il pose une
question il fixe l'étudiant avec des yeux presque, sinon
carrément, méchants. Il a l'air très sympathique, et
surtout entièrement dévoué à ses
étudiants. Il parle un français impeccable; il a un accent russe
mais à deux reprises il a imité l'accent français pour
nous faire rire et il l'avait parfaitement (à s'y méprendre). Il
a l'air exceptionellement instruit en langues et autres, il digresse sur
l'étymologie de plusieurs mots et nous cite des mots mongols ou
finlandais qui ont la même racine. Au retour de la pause il nous a fait
écouter une chorale qui chantait une tragédie, avec un soliste
qui chantait plus bas que je pensais qu'on pouvait chanter. Il a laissé
la musique jouer un bon dix minutes en fixant le plancher d'un air grave, les
étudiants se replaçaient nerveusement sur leur chaise. Et il
ponctue toutes ses phrases avec "fantastique!", "formidable!", "parfait!",
"magnifique!". Tout un personnage, donc.
Après le cours j'ai été le voir, il ne se souvenait pas
de m'avoir rencontré en juin. Mais il a insisté à
plusieurs reprises pendant le cours qu'on pouvait prendre rendez-vous avec lui
n'importe quand, il a même dit que si quelqu'un ne pouvait pas venir en
classe le mardi soir il lui donnerait du rattrapage privé. J'ai
l'impression qu'il donne toujours plus de rendez-vous qu'il ne peut en
avoir. Il m'a donné rendez-vous demain à 15h à son bureau
mais je pense que je vais m'amener un livre... Et donc il m'a dit qu'il va
s'occuper de mes équivalences (il m'a spontanément fait confiance
pour les équivalences en informatique, même s'il ne sait pas du
tout de quoi il est question il va me les faire compter). Il va me donner une
lettre à amener au secrétariat. Il m'a dit qu'il se peut qu'il
soit impossible de prendre russe II et russe III en même temps puisque
l'un est prérequis à l'autre, et donc je ne serais officiellement
inscrit qu'à russe II, mais il m'a invité à suivre russe
III quand même, il va même corriger mes examens (mais la note n'ira
pas au bulletin).
À dix heures j'ai rejoint le groupe dans la cuisine. On a
déjà commencé à s'établir une routine, mes
"colocataires" et moi : on soupe à l'heure européenne (9h),
ensemble tous les soirs (à date). Tour de table : Ali, Tunisien aux
blagues acidulées, Jean-Pierre, de Nouvelle-Calédonie mais aux
yeux en amande, Florent, lyonnais de 18 ans qui fait un bacc en Communication
et qui semble intéressé par tout (pas du tout le français
cliché), Yannick, parisien en comptabilité,
Jean-Sébastien, d'Amqui, qui commence un bacc en informatique et parle
peu, Gregory, parisien qui étudie le génie mécanique et
rit beaucoup, Simon, un allemand qui étudie la physique, Matthieu, qui
étudie la géographie, Marjorie, qui a le double avantage
d'être la seule fille du groupe et d'être très belle, alors
pas besoin de dire que quand elle parle tout le monde se tait, Miguel, un
Espagnol qui étudie l'anglais, le français, l'allemand et le
russe (il est dans mon cours), Iñigo, un Basque de trente ans qui
étudie la traduction, est assez nationaliste et très gentil, et
quelque part au milieu de tout ça il y a moi, qui parle beaucoup, je
crois. Les discussions tournent souvent autour de la langue
québécoise, des différences
québécois-français-espagnol, etc. alors je sers (avec
plaisir) de référence en matière de culture
canadienne-française. Marjo était dans tous ses états ce
soir parce-qu'elle ne comprend pas un mot de ce que raconte son prof. J'ai
appris des expressions pratiques comme "crisse ton camp mon tabarnak", "estie
d'grosse torche" et "mange d'la marde" aux deux Espagnols, qui étaient
pliés en deux. Et j'ai appris qu'ils disent "ostia" en espagnol, tout
comme notre "ostie". Enrichissantes, ces discussions! On reste tous les soirs
comme ça àa jaser plusieurs heures autour de la table, certains
jouent à la belotte (dérivé du tarot). Très
familial.
Donc très belle journée, bien remplie et très
agréable. Je vais lire un chapitre du Monde de Sophie, et je crois que
je vais bien dormir.
|