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« 18.IX.03

Sam 20 septembre 2003, 10h44 (GMT-5)

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Je rêve souvent la nuit que je suis en train de marcher dans les rues de Paris, et à chaque fois que je fais ce rêve je me dis "Wow, après toutes les fois que j'ai rêvé de marcher dans Paris, voilà que je le fais pour vrai, ce n'est pas un rêve"; d'autres fois je ne suis pas sûr si c'en est un et j'essaie de me trouver des arguments pour me convaincre que ce n'en est pas un. Je touche les murs en pierre, et je me dis "si c'était un rêve je ne pourrais pas avoir tout ce détail", ou bien je me remémore les préparatifs du voyage, mon trajet d'avion et il me semble bien que c'est un vrai voyage, que si c'était un rêve il n'y aurait pas tout ce contexte.

Ça fait longtemps que j'ai eu ce rêve récurrent, et cette nuit j'ai varié un peu : j'ai rêvé que j'étais à Rome. J'étais fasciné de marcher dans ces rues où a eu lieu l'enfance de la civilisation occidentale. Et encore une fois, je me disais "Wow, c'est même pas un rêve".

Alors où est la frontière entre le rêve et la réalité? Tout le monde s'est déjà posé cette question, ce n'est rien de nouveau, mais tout de même permettez-moi de la répéter : en ce moment-même je tape ces lignes et j'ai la certitude d'être réveillé. Je relis ce que je viens de taper, et me dis que dans un rêve je ne pourrais pas voir ce texte avec autant de précision. De plus je me souviens de mon rêve, et je peux m'appuyer sur cette opposition pour me dire que tantôt je dormais, puis je me suis réveillé, et maintenant je suis donc dans le "vrai monde". Je repense aux arguments que je me donnais en rêve et maintenant je comprends que je me mentais à moi-même, qu'au fin fond de moi je savais que je m'imaginais la scène. Mais alors comment prouver que je ne suis pas encore endormi? Sur le coup, j'étais absolument convaincu d'être à Rome, autant que je suis maintenant convaincu d'être devant mon ordi dans ma chambre à Québec. Ça me donne une impression de futilité, puisque si je suis en train de dormir ces lignes vont se perdre dans mon subconscient à mon réveil.

Alors premièrement je revendique le droit de dire que j'ai été à Rome, puisque je n'ai pas plus de moyen de prouver que je suis à Québec que je n'ai eu de moyen de prouver que j'étais à Rome. Ça veut aussi dire que je suis capable de respirer sous l'eau et de voler comme un oiseau.

Deuxièmement je revendique le droit de dire que je ne suis pas à Québec, que je vais bientôt me réveiller et que la vie n'est qu'une suite de réveils. Dans quelques instants je vais me réveiller, me gratter la tête en souriant et me rendre compte que je suis toujours dans mon bon vieux Tel-Aviv ou quelque chose comme ça.

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Hervé Saint-Amand, Montréal