|
Musique : Les nonnes flinguées - Les nonnes flinguées
Cours de russe hier soir, M. Sadetsky était dans une
forme à tout casser. Il nous a sorti une tirade de 45 minutes sur les
futuristes russes du début du siècle, pour introduire un
poème de Posternak. La plupart des étudiants dans la classe ne le
connaissaient pas avant cette session, et sont restés quelque peu
interloqués. Il s'en rend certainement compte, M. Sadetsky, que la
plupart des étudiants le perdent, mais il continue avec enthousiasme et
sourire. Tout ça nous a retardés et on est sortis un peu
après l'heure. Comme on se levait je lui ai demandé "est-ce que
le musée de l'Hermitage a été endommagé par les
troupes nazies pendant la seconde guerre?". Il aurait pu répondre en
quelques phrases, mais c'eut été bien mal le connaître que
de s'attendre à ça, et en cela j'ai été un peu
naïf. Il nous a expliqué la défense de Leningrad,
l'évacuation en trois semaines des huit millions d'oeuvres du
musée vers l'Oural, la biographie du directeur du musée d'alors,
etc. On était tous là, agglutinés près de la porte
avec nos manteaux sur le dos, à l'écouter. Il est très
intéressant, passionnant même, mais parfois on a envie d'aller
manger et se coucher.
Simon continue de me faire remarquer, surtout quand il
revient d'un cours de français, toutes les absurdités de notre
langue. À quoi ça sert que "je mange", "tu manges", "il mange" et
"ils mangent" s'écrivent de façon différente quand ils ont
la même prononciation? Pourquoi est-ce qu'on n'entend pas la
différence entre "pomme" et "pommes", c'est seulement l'article qui nous
indique le nombre? Pourquoi "les heures" on fait la liaison mais pas "les
heurts"? Des fois je lui dis de ne pas s'inquiéter, que ce sont des
fautes que font même les francophones. Et justement au cours de russe de
hier soir, j'ai eu un bon exemple qui appuie l'affirmation que la langue
française est simplement trop compliquée, même pour les
francophones. On révisait les temps de verbes russes, qui sont beaucoup
plus simples et dépouillés qu'en français. Deux sortes de
passé, deux sortes de futur, un présent. Il fallait traduire en
français des phrases russes, et à un moment donné une
fille a donné la traduction "après qu'il eût terminé
ses devoirs, ...". M. Sadetsky s'est arrêté et a demandé
"c'est quel temps ça en français?". Les étudiants ont
répondu simultanément "passé composé",
"passé antérieur", "plus-que-parfait" et "subjonctif imparfait",
ce qui a bien fait rire le prof (et plus tard ma gang de touristes à la
table du souper).
Cette confusion pourrait être expliquée par le
fait que "après qu'il eut terminé" (passé
antérieur) et "après qu'il eût terminé" (subjonctif
plus-que-parfait) sont tous deux corrects, de dire M. Grevisse.
******
Je vais bientôt acheter mon billet d'avion. Là,
je commence à avoir sérieusement hâte d'être à
Moscou. D'ailleurs je réalise combien je n'étais pas prêt
à partir la session dernière, tant dans mes démarches que
mentalement. Je pense que quelque part au fond de moi je le savais que je
restais une deuxième session ici.
|